Trois lettres.
Simplement trois lettres.
Et pourtant, vous le verrez, ceci nécessitera une explication très fastidieuse pour bien comprendre plusieurs centaines d’années de tradition.
« IHS c’est Jésus ». Nous l’avons vu dans un précédent article, cette affirmation n’est pas suffisante.
Tout d’abord, précisons qu’en raison de la piété de générations de Maillanais.es, expliquer l’Histoire de Maillane, c’est aussi tenter de comprendre les racines chrétiennes de l’âme de ceux qui nous ont précédés. Essayons donc de comprendre leur langage et les symboles qu’ils utilisaient.
La tradition religieuse chrétienne à Maillane a plusieurs siècles d’encrage. Et Maillane, comme toutes les autres communautés de personnes croyantes a toujours voulu afficher sa croyance. Mais comment désigner Jésus ? Par une croix ? Historiquement, ceci est très tardif !
Les premiers chrétiens désignaient en réalité jésus par le symbole d’un poisson.

Mais pourquoi un poisson ?
Et bien parce qu’en dessinant un poisson, vous verrez très facilement que ceci ressemble à la lettre alpha

Pour vous permettre de comprendre pourquoi l’alpha fut utilisé par les premiers chrétiens, citons ici l’Apocalypse verset 21:5 (dernier livre du Nouveau testament, rédigé vers le 1er siècle après JC et où l’auteur, qui se prénomme Jean, raconte dans ce livre une révélation qu’un ange lui aurait faite sur le message de Jésus pour expliquer son époque et la fin de celle-ci. Notons que, par facilité, des lecteurs peu sérieux ont raccourci cela en « la révélation de la fin des temps ». Ceci est plus complexe).
Dans ce livre, Jean voit une fin de monde, et la renaissance d’un nouveau avec l’arrivée d’une Jérusalem céleste. A sa tête, Dieu, déclare : « Voici, je fais toutes choses nouvelles. Et il dit: Ecris; car ces paroles sont certaines et véritables. Et il me dit: C’est fait! Je suis l’alpha et l’oméga » (traduction Louis Segond).
L’alpha et l’oméga. La première et la dernière lettre de l’alphabet grec.
Vous pouvez ainsi voir ces lettres sur l’étole (la longue écharpe) ou la chasuble que portent les prêtres
Ainsi, loin de tout prosélytisme, en gardant une démarche de compréhension purement historique, continuons d’expliquer quelques prérequis pour comprendre ce que signifient ces trois lettres IHS.
Car, un poisson, l’alpha et l’oméga, autant pour un public lisant la Bible, ceci était très commun au moyen-âge, autant pour le peuple, voire même pour les lettrés, cela n’était pas très parlant. Ainsi, très rapidement, le trigramme « IHS » ou « JHS » est venu rendre plus simple la dévotion à Jésus Christ.
Commençons ainsi par nous intéresser à ces lettres. Il s’agit en effet de ce que l’on nomme un « trigramme ».
C’est à dire un mot de 3 lettres. En l’occurrence, IHS, qui est une abréviation. Celle qui désigne le nom de Jésus Christ dans les premiers siècles du Christianisme en grec : ΙΗΣΟΥΣ (en majuscule, ou « Ἰησοῦς » en minuscule).
On voit ainsi que pour désigner le nom de Jésus, en réalité, on parlait plutôt de « iésous ». Qui est en fait l’interprétation de son nom hébreu « Iešuʿah » qui signifie « Dieu sauve » (יֵשׁוּעַ ). Voici d’ailleurs pourquoi on dit communément que le prénom le plus authentique de Jésus en version non latine était » Yeshoua ».
Car Jésus est en fait la traduction en latin de ce mot « iésous », et écrit avec les lettres latines, ceci donne IESUS ou JESUS, car le J et le I sont deux écritures d’une même sonorité en latin, le « I ». Ainsi, indistinctement, on peut écrire IESUS ou JESUS.
Et c’est ici que cela se complique. Car rappelez-vous, IHS est l’abréviation de la version grecque » ΙΗΣΟΥΣ « . Donc ceci devrait s’écrire » ΙΗΣ ». Mais, la dernière lettre, le sigma, n’étant pas une lettre de l’alphabet latin, celle-ci a été remplacée par certains copistes à l’époque médiévale par un « S ». et se retrouvent donc mêlées deux écritures, une grecque, et une latine (le « H » étant en fait la lettre » héta » qui se prononce « é »).
De ΙΗΣ, nous passons donc à IHS, mais le I et le J étant le même son en latin, selon les copistes, il était donc possible d’écrire IHS ou JHS pour désigner Jésus de Nazareth.
Mais alors se pose une question : Qui a popularisé ce trigramme IHS à un tel point que celui-ci s’est retrouvé sur le blason d’un modeste village de Provence ?
Ceci fera l’objet d’un prochain article : Pourquoi inscrire IHS dans un blason ? Saint Bernardin et Saint Ignace de Loyola
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