La ou Les Saint Eloi de Maillane

« La St Éloi est toujours l’avant dernier week-end de juillet. Ça a toujours été comme ça ». Rien n’est moins vrai que cette affirmation que vous pourriez entendre.
Toutefois, avant de vous expliquer pourquoi, revenons ensemble sur quelques points d’explications.

Fanion de la Confrérie de St Eloi – édition 2019.

Que nous dit Frederi Mistral dans Œuvres (Calendal. Texte et traduction, A. Lemerre (Paris), 1887) ?

Qui était cet Éloi que l’on fête ?

Historiquement, St Éloi (ou « Sant Aloï » en provençal) est un orfèvre, également maréchal-ferrant (travaillant les métaux plus généralement), et qui, sur la fin de sa vie, fut évêque de Noyon.

Ordination de saint Éloi à l’évêché de Noyon. XVe siècle.

Mort en 640 il devint par la tradition de légendes autour d’évènements supposés marquants de sa vie, le saint patron des orfèvres, des métallurgistes, de ceux qui travaillent le fer et l’acier, mais aussi dans l’Armée de l’air et l’aéronautique le patron des mécaniciens, et enfin le protecteur des maréchaux-ferrants, des « ménagers » et donc des bêtes de labour puis du labourage, pour enfin devenir une occasion de célébrer l’agriculture.

Saint Éloi et les fiancés, tableau de Petrus Christus, 1449. New York, collection Lehman. Giraudon.

En réalité, à Maillane, nous célébrons deux fêtes. Une en hiver, et une en été (comme pour les deux St Jean, St Jean d’été pour St Jean le Baptiste, et St Jean d’hiver pour St Jean l’évangéliste). L’une des fêtes célèbre le souvenir de la mort de St Eloi (St Eloi d’hiver, puisque sa mort date du 01/12/640), et l’autre le transfert de ses reliques, ses ossements (St Éloi d’été du 25/06/1157).

Les fêtes de la St Éloi sont liée à ce que l’on nomme : La Confrérie de la St Éloi. Organisation réformée en 1854 par l’intermédiaire de Louis Mistral et travaillant actuellement avec le Comité des fêtes de Maillane pour l’organisation.

Qu’est-ce que la charrette de la Saint Eloi ?

Il s’agit d’une tradition du Nord-Ouest des Bouches-du-Rhône, d’une charrette revêtue de feuillages à laquelle tous les cultivateurs et propriétaires d’animaux de labours, aisés, devaient atteler un animal sellé de manière spectaculaire pour être promenés. Suivant les villages, les branchages pouvaient être des peupliers, des saules, des ormes, ormeaux ou des frênes. Bref, tous les arbres qui ne donnaient pas de fruits.

La charrette est actuellement constituée de chevaux, mais Frederi Mistral nous raconte dans ses Mémoires que jusqu’au début du XXès la procession était constituée principalement de mules et de mulets (animaux utilisés aux champs).

L’autre nom provençal de la charrette, hormis le terme « carreto-ramado » est « carreto-menagiero ». Car c’était la charrette des ménagers, c’est-à-dire des paysans exploitants un lopin de terre leur appartenant. Ceux-ci cultivaient en Provence du blé, des céréales, des chardons dits « bonnetiers », mais aussi de la garance.

Pourquoi célèbre-t-on Saint Éloi ?

Une des explications les plus plausibles fut tout simplement le fait qu’Éloi, alors nommé Eligius dans sa nomenclature latine, fut un orfèvre certes, mais surtout fut celui qui battait les monnaies des rois mérovingiens Dagobert et Clothaire II. Et au cours de son service, celui-ci fut envoyé à Marseille pour battre monnaie.

Des pièces ont ainsi été retrouvées et situent le passage de St Eloi en Provence autour des années 625-640.

Après sa mort, le souvenir de ce Saint qui aurait ainsi été présent dans la région d’Arles-Marseille aurait été un honneur pour les habitants, très satisfaits d’avoir eu le passage d’un Saint sur leurs terres.

Tremissis ou tiers de sou frappé à Marseille par Eligius (saint Eloi), au nom du roi Dagobert Ier

Les St Éloi – tradition du pèlerinage

Mais les « Saint Éloi » étaient avant tout les fêtes de patronage des paysans et des propriétaires aisés.

Celles-ci donnaient lieu à des processions. Voici pourquoi on parle de « roumavage » ou de « roumeirage ». Ce mot provenant du mot « roumieu » qui désignait un pèlerin se rendant à Rome (Rome étant l’un des 3 principaux pèlerinages du Christianisme avec la Terre-Sainte et Compostelle).

Ces processions se déroulaient ainsi lors de fêtes dites « patronales », où un Saint était désigné comme intermédiaire entre Dieu et la classe de travailleurs en question (leur saint patron). A cette occasion, avait lieu un « voto », c’est-à-dire une fête (dite fête « votive ») qui était sensée être un acte de pénitence, de profond regret, de remord, pour toutes les offenses envers Dieu qui avaient pu être réalisées dans la période depuis le précédent pèlerinage.

Cette notion de pèlerinage explique ainsi la raison pour laquelle les chevaux réalisaient des tours dans le village. En effet, s’agissant d’une procession, celle-ci était réalisée sur les chemins réalisés hors les murs de défense existants au Moyen-Age (le cours Jeanne d’Arc étant représentatif de ce chemin hors les murs. N’oublions pas ainsi qu’une des portes d’entrée du village se situait au niveau de la pizzéria actuelle). Puis, avec l’incorporation des murs et l’agrandissement du village, ceci devint une tradition qui coïncide avec la forme si particulière de notre centre village.

La St Éloi de l’avant dernier dimanche de Juillet

Notons également que la St Éloi d’été n’a pas toujours eu lieu en Juillet à Maillane. Ce n’est ainsi qu’en 1921 que la date officielle, actée par le conseil municipal, a été déplacée du 1er dimanche après la St Jean Baptiste vers l’avant dernier dimanche de Juillet. Ceci, bien évidemment, pour des raisons pratiques : le nombre de propriétaire de chevaux et de mulets diminuant, les moyens furent mutualisés entre les différents villages du Nord-Ouest des Bouches-du-Rhône pour une répartition des chevaux et des selleries tout le long de l’été.

Souvent 3è dimanche de Juillet (rarement le 4è), cette date était utilisée auparavant par les habitants de Châteaurenard pour célébrer le Saint. Ainsi, en juin, 3 villages célébraient St Éloi jusqu’au début du XXès : Maillane, Graveson et Barbentane.

Almanach Provençal de 1857

Que fête-t-on à la St Éloi ?

La St Éloi est ainsi une fête double. Traditionnellement, St Éloi était célébré par deux catégories de travailleurs : les forgerons, les orfèvres (hiver) ; mais aussi les propriétaires d’animaux de labours (été).

Almanach Provençal de 1857. La Saint Éloi d’hiver se fêtait déjà le 2è dimanche après la St Jean d’hiver.

La St Éloi d’hiver était donc sensée être une fête de métiers aisés, et la St Éloi d’été de métiers plus simples.

A cette occasion, était mise à l’enchère un fouet. Celui qui donnerait le tempo aux animaux pour avancer (l’argent récolté servant à alimenter les participants à la fête). L’homme le plus aisé ayant remporté l’enchère était alors nommé « Prieur » et devenait le principal protagoniste de la fête.

Mistral nous narre ainsi ses souvenirs de charrette de St Éloi en nous témoignant voir sur les mules et les mulets les enfants assis, une tortillade (« tourtihado », sorte de brioche en forme de couronne) à la main et un fanion en papier avec l’image de St Éloi. Ce fanion était fixé sur des bâtons d’osier car celui-ci poussait librement dans les fossés des champs.

A pieds, les prieurs de l’année passée portaient le Saint en pleine gloire avec la crosse à la main.

Suite à cette procession, 50 mulets partaient alors en faisant rouler la charrette avec à leur côté les garçons de labours habillés en chemise, le bonnet blanc de laine fine sur la tête, une ceinture au flanc (la « taiolo », ou « taiole »), et des souliers fins (ou minces, en provençal : « li soulié prim ») et qui se distinguait des souliers des champs.

A noter, l’usage pour les garçons de labour de se tenir à gauche des animaux était bien une particularité provençale, et en remontant vers Lyon, il convenait de tenir l’animal à droite.

Puis, avec la mutualisation des bêtes et des arnachements, progressivement, la charrette de Maillane gagna en vitesse.

Des mauvaises langues diraient que ceci fut du au fait que la charrette de Graveson courrait également à pleine vitesse, réalisait des virages à quasi angle droit et que les habitants de Maillane désiraient que leur charrette soit la plus rapide… Chacun se fera son avis sur cette assertion…

Les autres charrettes

Notons enfin que différentes charrettes existent en Provence, celle de la Madeleine (pour les Jardiniers) ou de St Roch (pour les villages proches de l’eau tels que Chateaurenard ou Rognonas). A St Remy la confrérie de St Eloi regroupait depuis les origines tous ceux travaillant la terre (agriculteurs, maréchaux, serruriers, orfèvres), mais une charrette paysanne est aussi célébrée à St Marc.

St Marc, qui fut également célébré à Maillane, lorsque Maillane était un village ayant une communauté vigneronne, mais ceci est un autre article…

Pour aller plus loin dans la lecture :

Le site de la Fédération Alpilles-Durance

Le Facebook de Saint Eloi Maillane

Sur l’origine historique de la dévotion patronale à St Eloi : La dévotion à St Eloi dans les écuries princières du XIIIè au XVIès.

Site de l’Unité Pastorale

Les charrettes festives en Provence rhodanienne. Variations d’un rite et de son espace de référence du XVIIIe au XXe siècle

Sur la localisation des reliques de St Eloi

Une notice biographique correcte sur la vie de St Eloi

Hervé H.Lecoq

Bibliographie plus complète :

Vous avez des remarques ? Des commentaires ou des précisions à apporter ?

N’hésitez pas à nous contacter : webmaistremalhana@gmail.com

Publié par Hervé H.Lecoq

Hervé HOINT-LECOQ est né en 1982 et travaille comme Responsable de Service Clients dans le domaine de la vente en ligne. Membre de l’Académie de Vaucluse, passionné d’Histoire, il a administré et participé à différents sites internet personnels et associatifs. Auteur de différents articles en langue française mais aussi anglaise dans des revues, des magazines ou sur des sites d’information, il est désormais rédacteur d'un journal de bord sur la transmission professionnelle. « Je me cultive en faisant quelques recherches que j’ai le plaisir de partager en les faisant publier. Merci d’ailleurs à tous les lecteurs qui montrent de l’intérêt à mes travaux et qui sont une motivation supplémentaire pour continuer d’avancer »

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