Les fêtes de Notre-Dame de Grâce

Que l’on soit croyant ou non, l’Histoire de Maillane est entrelacée d’une vie religieuse omniprésente qu’il convient de comprendre pour saisir les traditions qui rythment la vie du village.

Dans les évènements rythmant cette vie du village, il en est un qui se base sur un fait historique précis : la célébration de la fin de l’épidémie de choléra à Maillane qui se déroula du 13 au 28 août 1854 que l’on attribue à une dévotion populaire spontanée à une statue du Moyen-Age d’une Vierge à l’enfant que l’on nomme « Notre-Dame de Grâce ».

Statue de Notre-Dame de Grâce

Déroulement des célébrations

Ainsi, les 28 et 29 août de chaque année, des célébrations ont lieu à Maillane, culminant par la reproduction de la procession, toujours très suivie, de la statue de la Vierge dans les rues du village. A cette occasion, les habitants sont invités à organiser sur le pas de leur porte un petit autel présentant une statue de la vierge accompagnée de compositions florales.

Ddévotion personnelle contemporaine d’une habitante du village dont la maison se situe sur le trajet de la procession

Chaque année, depuis 1854, tout commence 3 jours avant, dès le 25 août, où un triduum est célébré tous les soirs à 21h. Il s’agit ici d’une préparation spirituelle donnant lieu à une prédication sur le thème de la Vierge.

Le 28 août, une cérémonie de vénération est organisée pour les enfants à 9h30 dans l’église, suivi d’une confession. Une nouvelle confession est organisée pour les adultes à partir de 16h30 et, à 19h, débute la procession commémorative du Miracle suivi du Salut du Saint-Sacrement. Une veillée de prières est alors réalisée jusqu’à 23h, heure d’une messe.

Procession observée depuis la maison St Roch

Le lendemain, 29 août, se nomme « La journée de la Reconnaissance ». Celle-ci est organisée depuis 1855 mais avec des évolutions : tout débute à 8h30 par une messe du pèlerinage des Gravesonnais.es depuis que Melchior Richaud (curée de Graveson de 1883 à 1900) l’instaura pour permettre aux membres de la commune voisine de remercier Notre-Dame de Grâce.

A 10h30 une grande messe a lieu et une chorale accompagnée de la Muso Maianenco accompagnent celle-ci.

Chaîne Youtube : Lardière JP / Vidéo d’une trentaine de minutes

16h30, des vêpres précèdent la procession de la Reconnaissance qui débute à 17h (jusqu’à 18h, pour le Salut du Saint-Sacrement).

Toutefois, avant de vous résumer succinctement les évènements qui ont conduit à répéter cette cérémonie depuis plus de 150 ans, permettez-nous d’axer cette communication sur d’autres aspects tout aussi important pour comprendre ces fêtes.

Pourquoi hommes et femmes sont-ils séparés dans la procession ?

Le Révérend Père Honorat, en 1899 déclare : « Par une délicatesse touchante, chaque année à Maillane, le jour anniversaire de leur guérison, les miraculés, hommes et femmes, ont l’honneur de porter la statue de Notre-Dame de Grâce. Seules aussi, celles qui ont été guéries ont le grand voile blanc des provençales, à cette procession qui a toujours à son début un caractère de deuil, à cause des souvenirs qu’elle fait revivre. A mesure que la mort fait des vides, ce sont les familles des miraculés qui reçoivent, comme un héritage sacré, ces privilèges. »

Pour qui a participé à la procession, il est commun de savoir que la procession sépare hommes et femmes .

Mais pourquoi cela ?

Et en 1899, Honorat écrit : « Durant les premiers anniversaires, alors que tous les cholériques sauvés étaient encore vivants,voici quel était l’usage: les femmes qui avaient été guéries portaient la statue de la Vierge jusque sur la place principale de Maillane; ensuite c’était le tour des hommes qui avaient été sauvés. »

La couleur violette de la robe de Notre-Dame de Grâce et des célébrants est associé à la notion de deuil.

Mais ceci trouve très probablement une origine dans l’organisation de la messe, qui avant le Concile Vatican II (et même officiellement jusqu’en 1983), séparait hommes et femmes.

Il est souhaitable que les hommes et les femmes, dans les églises, soient groupés séparément, selon l’ancienne discipline.
Quand ils assistent aux fonctions sacrées, spécialement à la messe, soit à l’église, soit au dehors, les hommes doivent être découverts, à moins que les circonstances n’imposent le contraire, ou que les usages n’exigent qu’ils restent couverts; quant aux femmes elles doivent avoir la tête couverte et être vêtues modestement, surtout quand elles s’approchent de la sainte table.

Lois de l’Eglise catholique, Code Canonique, III, Du Culte Divin, 1262, 1917.

Pourquoi la statue de la Vierge fut-elle convoquée pour sauver du choléra ?

L’ouvrage du R.P. Honorat (cité plus bas) met en avant la piété des Maillanais, et notamment leur dévotion envers la Vierge tombée en désuétude aux alentours des années 1840. Toutefois, lorsque l’on côtoie intimement l’Histoire du XIXès, d’autres éléments sont à prendre en considération.

En effet, le XIXès est le siècle du développement de la notion que l’on nomme « L’Immaculée Conception ».

Il s’agit en effet d’un dogme proclamé le 8 décembre 1854 par le pape Pie IX dans la bulle Ineffabilis Deus.

Cette bulle ne sort pour autant pas des nuées, puisque dès 1848 le pape sollicite des théologiens, des cardinaux, l’intégralité des évêques et des directeurs de congrégations à statuer sur le fait de savoir si la mère de Jésus a été exempte du poids du pêché originel pour donner naissance à Jésus (encyclique Ubi primum du 2 février 1849.

Le « culte marial » (lié à Marie) est donc à son paroxysme en cette année 1854.

Mais d’où provient cette discussion sur le fait de savoir cette exemption du pêché ?

Et bien d’une épidémie de choléra justement ! Une autre ! Antérieure. Et qui trouve ses racines dans une apparition de la Vierge à une religieuse.

En effet, en 1830, rue du Bac, à Paris, une novice aurait eu une apparition de Marie, la mère de Jésus, lui demandant de faire graver une médaille portant une inscription permettant d’accorder des prières à qui l’invoque (à ce propos, le seul article sérieux et le moins mystique possible peut être attribué à Pélerin Magazine ici)

Mais c’est en 1832 qu’une épidémie de choléra éclate, et des médailles commémorant cette apparition sont distribuées. Naturellement, rapidement, des cas de rémission y sont liées. Porter la médaille de la vierge permettrait ainsi de pouvoir guérir…

« Médaille miraculeuse » au texte : « « Ô Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous« 

Deux ans plus tard, 500.000 médailles se sont écoulées, 1 an plus tard la barrière du million est dépassée, en 1839, 10 millions, et en 1876, à la mort de la sœur, le milliard est franchi.

Notons d’ailleurs que lorsque Bernadette Soubirou certifia en 1858 avoir aperçu la Vierge dans la grotte de Lourdes, celle-ci portait dans sa poche une de ces médailles.

Cet engouement pour le culte de la « Vierge » créera de nombreux heurs parmi les fidèles, certains hurlant même à la création d’une « déesse » équivalente au veau d’or de l’Ancien Testament qui créa le courroux de Yahvé (nom de Dieu dans la religion chrétienne).

De là, doit-on y voir l’explication du retrait de la Vierge de la petite église de Maillane par un curé réfractaire au culte marial ? Rien ne le prouve, mais rien n’empêche de le songer.

Cette croyance de protection contre le choléra par l’intermédiaire d’une statue toucha-t-elle uniquement Maillane ?

Et bien non ! Ceci fut ainsi le cas dans d’autres villages de France. Ainsi à St Affrique (dans l’Aveyron), on pria la Vierge pour que l’épidémie cesse, et, plutôt que d’associer les efforts d’assainissements des rues du village, on attribua à Marie la fin de l’épidémie. Tout comme à Vesoul, Nice, Grenoble, mais aussi à Pierrelatte dans la Drôme, dans la Haute-Saône, et bien d’autres endroits…

L’histoire du miracle ?

En tout cas, qu’importe ses croyances, permettez-nous de vous partager un très bon résumé global de la chronologie des évènements qui se déroulèrent à Maillane qui a été réalisé sur le site Tradicioun (en français) : http://www.tradicioun.org/Notre-Dame-de-Grace-de-Maillane

Puis, pour ce qui est de découvrir la légende de manière beaucoup plus détaillée, le livre essentiel à consulter est celui du Révérend Père Honorat : https://www.cieldoc.com/libre/integral/libr0372.pdf

Et si cette lecture vous est fastidieuse, voici un petit résumé :

Résumé

Ne conservons donc en mémoire que quelques éléments. Tout d’abord le fait qu’à l’été 1854, la France en général, et Maillane en particulier, sont frappés par la 3è pandémie de choléra. Près de 50 personnes passèrent ainsi de vie à trépas dans le village.

Rappelons au passage qu’il faudra attendre 1883 pour que la Science réussisse à isoler ce bacille. Car il s’agit en réalité d’une infection bactérienne provoquant des diarrhées aiguës à cause d’un virus que l’on nomme le bacille de Gram négatif Vibrio cholerae, que l’on ingère en consommant de l’eau contaminée et qui génère une toxine provoquant les symptômes.

Bacille du Choléra visible au microscope électronique

Ainsi, notre village voit au mois d’août les morts se succéder.

La moitié de la population, ayant déserté le village pour se retrancher dans les campagnes environnantes, il est ainsi estimé qu’au moment du miracle, seuls 110 habitants étaient encore présents, dont 30 malades (et 8 gravement).

Le lundi 28 août, M. Martin (enseignant de l’école publique) et Louis Mistral, discutaient dans la maison des Mistral quand l’abbé Moulin (curé du village), l’abbé Fouque et l’abbé Jailler (natif du village, mais curé de Ventabren) les rejoignirent. Discutant de l’épidémie, les deux hommes proposèrent aux religieux d’organiser une procession en allant chercher la statue de la vierge conservée à l’école des religieuses (actuel Roudelet).

La situation étant désespérée, décision est prise de réaliser cette procession sans attendre d’autorisation de la hiérarchie ecclésiastique.

Les cloches du village étant restées muettes furent alors sonnées, et 6 ou 7 Maillanaises accompagnées de 4 Maillanais se rendirent à l’appel de l’église. Cette assemblée se rendant à l’école des religieuses, les processionnaires allèrent voire Madame Saint-Sauveur et la soeur Marie afin de demander à se faire remettre la statue mise au rebut quelques années plus tôt hors l’église par un prêtre ayant depuis lors changé de paroisse.

La troupe se composait alors de 25 habitants.es et, sur leur retour, le Révérend Père Honorat déclare qu’ils étaient déjà une soixantaine.

Ce qui laisse toutefois dubitatif, car ceci signifierait que l’absolue totalité des personnes saines se soient rendues à l’appel des cloches du village.

Cependant, de la maison St Roch (que l’on peut voir sur la gauche de la mairie actuelle), une table fut sortie, et la vierge en bois exposée dessus.

Tous tombèrent à genou, et le Sub Tuum fut entonné

Il était alors 18h, et, selon la légende, plus aucun habitant.e ne mourut.

Et c’est ce miracle que, depuis lors, les Maillanais.es célèbrent.

Hervé H.Lecoq

Pour continuer la lecture :

Site de l’Unité Pastorale

Pèlerinage de Notre-Dame de Grâce

Bourdelais Patrice, Demonet Michel, Raulot Jean-Yves. La marche du choléra en France : 1832-1854. In: Annales. Economies, sociétés, civilisations. 33ᵉ année, N. 1, 1978. pp. 125-142.

Vous avez des remarques ? Des commentaires ou des précisions à apporter ?

N’hésitez pas à nous contacter : webmaistremalhana@gmail.com

Bibliographie plus complète :

Publié par Hervé H.Lecoq

Hervé HOINT-LECOQ est né en 1982 et travaille comme Responsable de Service Clients dans le domaine de la vente en ligne. Membre de l’Académie de Vaucluse, passionné d’Histoire, il a administré et participé à différents sites internet personnels et associatifs. Auteur de différents articles en langue française mais aussi anglaise dans des revues, des magazines ou sur des sites d’information, il est désormais rédacteur d'un journal de bord sur la transmission professionnelle. « Je me cultive en faisant quelques recherches que j’ai le plaisir de partager en les faisant publier. Merci d’ailleurs à tous les lecteurs qui montrent de l’intérêt à mes travaux et qui sont une motivation supplémentaire pour continuer d’avancer »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez votre site Web avec WordPress.com
Commencer
%d blogueurs aiment cette page :