Pourquoi inscrire IHS dans un blason ? Saint Bernardin et Saint Ignace de Loyola

Nous l’avons vu dans deux précédents articles (ICI et ICI), le blason de Maillane est en réalité ce que l’on nomme  » le trigramme de St Ignace de Loyola ».

IGNACE DE LOYOLA (1491-1556) : L’hidalgo du Christ – Une vie, une œuvre [1991]
Par Jacques Munier et Jean-Claude Loiseau.
Émission diffusée pour la première fois sur France Culture le 25.04.1991

Alors, redisons-le encore et toujours, il n’est absolument pas nécessaire d’être un.e croyant.e dans une quelconque religion pour comprendre le blason de Maillane. Toutefois, quelques éléments sont nécessairement à expliquer afin de bien le comprendre.

Continuons donc d’examiner des éléments historiques.

Nous avons en effet vu dans les précédents articles cités que le blason de Maillane est en réalité un ensemble de symboles : Jésus Christ par l’abréviation de son nom, les clous et la croix de la crucifixion ainsi que le sacré-coeur.

Nous avons vu que le fondateur de la communauté des Jésuites était à l’origine de la démocratisation de ceci.

Mais est-ce vraiment lui qui a diffusé ce symbole en premier ?

Bien évidemment que non. Continuons donc l’enquête sur les traces d’un autre Saint : Bernardin de Sienne (Italie), ou plus communément appelé « Saint Bernardin ».

Bernardin de Sienne (pourtant originaire de Massa Marittima en 1380, mais qui passa une grande partie de sa vie à Sienne, et la termina à L’Aquila en 1444) est un prédicateur franciscain du XVès.

C’est ainsi un moine, ayant la capacité d’agir en tant que prêtre, et qui a donc pour particularité de ne pas vivre dans un monastère, mais d’aller de ville en ville, de village en village, afin de prêcher des sermons dans les églises, mais aussi et surtout, très rapidement, sur des places publiques tant sa réputation d’orateur réussit à faire le tour de l’Italie en cette fin de Moyen-Age.

Son éloquence, et sa capacité à parler en termes concrets à la population firent sa renommée. Mais une de ses caractéristiques était de toujours orner ses sermons publics d’un petit tableau représentant les lettres « IHS » entourées d’un soleil.

Bernardin de Sienne présentant le trigramme IHS entouré d’un soleil incandescent. Source : Wikimedia

Devant son succès, d’autres moines franciscains prirent alors, eux aussi, cette habitude, et très rapidement ceci lança une polémique à l’initiative d’un autre moine : le dominicain Manfred de Vercelli (que Bernardin avait combattu précédemment, et qui devait, certainement, ne pas avoir oublié l’affront…).

Manfred de Vercelli reproche ainsi à Bernardin d’introduire dans l’esprit de ceux qui l’écoutaient alors un nouvel objet de dévotion, et donc d’idolâtrie : le trigramme de Jésus, IHS.

Durant 5 ans, et sous deux papes successifs (Martin V et Eugène IV), ses détracteurs tenteront de l’empêcher de prêcher. Sans succès. Mais toutefois, il lui fût interdit de montrer son trigramme lors de ses prêches afin d’apaiser les éventuels débordements.

Pour autant, ceci n’empêcha pas le peuple de continuer à diffuser cette habitude, en commençant notamment par inclure ce motif sur les linteaux et les façades des bâtiments publics en Italie, mais en France également jusqu’à la fin du XVIIIès !

Façade du Palazzo Publico (bâtiment administratif) de la ville de Sienne. Source : Wikimedia

Et c’est là que cette habitude devient intéressante.

Car vous l’avez vu dans l’introduction de cette série d’articles, il existe différents endroits dans Maillane où le trigramme IHS apparait. Mais est-ce quelque chose d’unique ? Pas vraiment. Il s’agit simplement d’une habitude venue d’Italie et passée par les Alpes. Ainsi, je vous invite à consulter une étude réalisée en 2014 sur la présence de ce trigramme dans les Alpes Maritimes :

Typologie du trigramme IHS

Vous y découvrirez notamment une représentation de 1659 présente dans le village de Biot (06420) qui devrait vous interpeller et vous permettre de mieux comprendre..

Source : http://www.archeo-alpi-maritimi.com/documents/biotihs.pdf

Peut-être comprendrez-vous mieux pourquoi ce visuel fait historiquement sens…

Peut-être alors est-il aussi temps de s’intéresser à la plus ancienne version du blason de Maillane retrouvée dans un armorial (circa 1696 à 1709).

Mais ceci est un autre article…

Hervé H.Lecoq

Vous avez des remarques ? Des commentaires ou des précisions à apporter ?

N’hésitez pas à nous contacter : webmaistremalhana@gmail.com

Publié par Hervé H.Lecoq

Hervé HOINT-LECOQ est né en 1982 et travaille comme Responsable de Service Clients dans le domaine de la vente en ligne. Membre de l’Académie de Vaucluse, passionné d’Histoire, il a administré et participé à différents sites internet personnels et associatifs. Auteur de différents articles en langue française mais aussi anglaise dans des revues, des magazines ou sur des sites d’information, il est désormais rédacteur d'un journal de bord sur la transmission professionnelle. « Je me cultive en faisant quelques recherches que j’ai le plaisir de partager en les faisant publier. Merci d’ailleurs à tous les lecteurs qui montrent de l’intérêt à mes travaux et qui sont une motivation supplémentaire pour continuer d’avancer »

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